No parking !

(Nederlandse tekst beneden)

La  Ville de Bruxelles a décidé, le 1er décembre 2014, de lancer des appels d’offres pour la création de 4 nouveaux parkings dans le Pentagone, dont un sous la place du Jeu de Balle. Notre quartier n’a pas besoin d’un tel parking  place du Jeu de Balle. Il saturerait la circulation dans les voiries étroites et déjà congestionnées de notre quartier. Sa construction entrainerait un chantier de plusieurs années, qui non seulement défigurerait le Vieux Marché, mais aurait aussi des conséquences catastrophiques sur la vie du marché aux puces, celle des commerçants et des riverains.

Télécharger le flyer.

L’Échevine de la Mobilité et des Travaux publics, Els Ampe, expose régulièrement via la presse ou des toutes-boites ses arguments en faveur de la construction du parking :

« Une belle place historique sans bosses. »

➔ Nous ne voulons pas d’une place aseptisée où, après des années de travaux, les cheminées d’aération d’un parking et ses voies d’accès (entrée et sortie des voitures, ascenseurs pour piétons) défigureront l’attrait historique et esthétique existant aujourd’hui.

« Plan d’aménagement en concertation avec les habitants, commerçants et échoppiers. »

➔ De qui se moque-t-on ? Une concertation après que la décision a été votée par le Conseil communal !?

« Des boxes garage pour les habitants à un bas prix (pour leurs voitures, vélo, poussettes) et un parking public pour les visiteurs. »

➔ Sur 20.000 places disponibles dans l’enceinte de la Ville de Bruxelles, 14.000 places seulement sont en moyenne occupées : dans notre quartier, les parkings de la place Poelaert et de la Porte de Hal sont sous-occupés. Une meilleure signalisation et une tarification plus accessible seraient déjà de nature à améliorer l’utilisation des parkings existants.

«Travaux sur une partie limitée de la place = le chantier se limitera à une partie de la place = accès aux commerces pendant les travaux.»

➔ À qui veut-on faire croire cela ? Un chantier d’une telle importance entraînera forcément le blocage d’une partie du quartier et d’importants désagréments pour les marchands, commerçants et riverains.

➔ L’Échevine du Commerce Marion Lemesre, pour sa part, déclare d’ailleurs que le marché sera déplacé pendant le chantier. Mais il n’existe pas d’espace assez grand dans les environs pour accueillir tous les marchands. Un déménagement provisoire nécessiterait donc de trier les échoppiers et entraînerait la mort de nombreux commerces dont l’activité et la clientèle sont intrinsèquement liées à la proximité du marché.

➔ Enfin, la Ville de Bruxelles prétend que le chantier ne sera pas de longue durée. Après avoir évoqué 24 puis 30 mois, elle parle à présent de 18 mois de travaux. Mais qu’en sait-elle ? Bien malin qui pourrait prédire la durée de réalisation d’un tel ouvrage, d’autant que ce projet ne repose sur aucune étude, notamment des sols. Nous avons tous en tête des chantiers effectués à Bruxelles dont la durée prévue a été multipliée par deux ou trois. Nous n’avons aucune raison d’être rassurés sur ce point.

« L’argent du contribuable ne servira pas au financement de ce parking (parking et aménagement seront payés par le secteur privé). »

➔ C’est oublier que les derniers parkings publics décidés à Bruxelles (Flagey et Miroir) sont entièrement financés par les pouvoirs publics.

➔ Et c’est omettre de préciser que la société privée qui obtiendra ce marché bénéficiera d’une concession de 35 ans et se verra confier la responsabilité de réaménager les espaces publics autour du parking!

C’était déjà l’argument et l’enjeu de la première bataille des Marolles en 1969 sur les problèmes de logement, où un quartier entier était destiné à la promotion immobilière par le secteur privé. Face à la résistance des habitants, les autorités de la Ville ont reculé, acheté les terrains et construit des logements sociaux.

Habitants des Marolles, dites non à ce parking ! Non à la destruction de la cohésion sociale de ce quartier populaire qui est un des cœurs de Bruxelles.


No parking !

De Stad Brussel besliste op 1 december 2014 een aanbesteding uit te schrijven voor de bouw van vier nieuwe parkeergarages in de Vijfhoek, waarvan een onder het Vossenplein. Onze buurt heeft geen nood aan een dergelijke parking. De smalle straten van onze wijk slibben nu al dicht met auto’s. Een parking Vossenplein zou de verkeersstroom nog verder bemoeilijken. De werf die deze parking voorafgaat, zou de ‘Jeu de Balle’ onherstelbaar verminken. De jaren durende werken zouden daarenboven catastrofale gevolgen hebben op het leven van de rommelmarkt, die van de handelaars en de buurtbewoners.

De flyer downloaden

De Schepen bevoegd voor Mobiliteit, Openbare Werken en Wagenpark, Els Ampe, verspreidt haar argumenten voor de bouw van de parking met de regelmaat van de klok via media en huis-aan-huisbladen.

« Een mooi historisch plein zonder bulten. »

Wij willen geen plein zonder ziel waar, na jaren van grote werken, de verluchtingspijpen en toegangen (in- en uitgang voor de wagens, liften voor de voetgangers) de huidige historische en esthetische aantrekking van het plein verminken.  

« Herinrichting in overleg met de bewoners, handelaars en marktkramers. »

 Met wie lacht men eigenlijk? Overleg nadat een beslissing is gestemd door de Gemeenteraad !?

«  Garageboxen aan een lage prijs voor de buurtbewoners (voor hun auto’s, fietsen en kinderwagens) en een openbare parking voor bezoekers. »

 Van de 20.000 beschikbare parkeerplaatsen binnen de Stad Brussel zijn gemiddeld maar 14.000 plaatsen bezet: in onze wijk zijn de parkings van het Poelaertplein en de Hallepoort onderbezet. Een betere signalisatie en democratischer tarieven zouden het gebruik van de bestaande parkeergarages zeker en vast ten goede komen.

«Werken op een beperkt deel van het plein = de werf zal zich beperken tot een deel van het plein = toegang tot de handelszaken gedurende de werken.»

 Denkt men echt dat iemand dit gelooft ? Een werf van een dergelijke omvang zal een deel van de wijk blokkeren en brengt ongetwijfeld grote hinder met zich mee voor de marktkramers, handelaars en buurtbewoners.

 De Schepen van Handel, Marion Lemesre, verklaart zelfs dat de markt zal worden verplaatst gedurende de werken. Alleen is er in de buurt geen plek die groot genoeg is om plaats te bieden aan alle marktkramers. Een tijdelijke verhuis zou de marktkramers verspreiden over verschillende plaatsen, wat de dood zou betekenen voor ettelijke handelszaken die hun activiteiten en klanten ontlenen aan een ligging vlakbij de markt.

 De Stad Brussel doet alsof de werken niet van lange adem zullen zijn. Eerst gingen de werken 24 maanden duren, toen waren het 30 maanden. Nu heet het dat de werf 18 maanden zal duren. De stad heeft gewoon geen idee. Wie de uitvoering op een dergelijk complexe werf kan voorspellen, kan meer dan koffiedik kijken. Vooral aangezien het project op geen enkele studie rust, het minst nog van al op een studie van de ondergrond. We kennen allemaal voorbeelden van Brusselse werven waarvan de geplande duur uiteindelijk met twee of drie werd vermenigvuldigd. We hebben geen enkele reden om er op dat vlak gerust in te zijn.

«  Het geld van de belastingbetaler wordt niet gebruikt voor de financiering van de parking (parking en inrichting worden betaald door de privé-sector). »

 Wij zijn niet vergeten dat de laatste parkings in Brussel (Flagey en Spiegelplein) volledig zijn gefinancierd door de overheid.

 Men vergeet daarbij te vermelden dat het privé-bedrijf dat de uitbating bemachtigt een concessie van 35 jaar zal genieten en daarbij ook de verantwoordelijkheid krijgt toevertrouwd de publieke ruimte rond de parking in te richten!

In 1969 was de woonproblematiek de inzet van de eerste strijd van de Marollen. Een hele wijk stond toen op het punt in de privé-handen van projectontwikkelaars te belanden. Geconfronteerd met het verzet van de buurtbewoners heeft de stad toen ingebonden, gronden gekocht en er sociale woningen gebouwd.

Inwoners van de Marollen, zeg neen tegen deze parking ! Neen tegen de vernietiging van de sociale verbondenheid van deze volkswijk. Neen tegen de verwoesting van één van de mooiste gezichten die Brussel rijk is.  

15.000 signatures n’ont pas suffi ? On continue !

Ce lundi 1er décembre, le conseil communal de Bruxelles-Ville a voté (majorité contre opposition) son nouveau plan de circulation ainsi que les cahiers des charges des quatre parkings que la Ville souhaite construire sous des places proches de la future « boucle de desserte » alias « le mini-ring », en ce compris la place du Jeu de Balle.

Lundi, notre pétition pour sauver la place du Jeu de Balle avait recueilli 15.000 signatures en moins d’une semaine. Ca n’a pas suffi à arrêter la machine. Mais ce n’est pas grave, il n’est pas encore trop tard. On continue !

Si la majorité de Bruxelles-Ville a certes voté cette étape lui permettant de lancer des appels à candidatures aux constructeurs de parkings, il ne nous a pas échappé pour autant que le Bourgmestre Yvan Mayeur a déclaré :

« J’entends et j’observe les critiques et la mobilisation, il faudrait être aveugle pour ne pas la voir. (…) Nous cherchons des solutions, si elles ne sont pas bonnes nous ne le ferons pas. Est-ce que le parking est la solution ? Nous ne le savons pas. (…) On a beaucoup de doutes. »

Pour notre part, nous n’avons aucun doute : construire ce parking serait une erreur ! Nous sommes nombreux à l’avoir fait savoir de multiples manières ces derniers jours : une action symbolique et un festival ont eu lieu dimanche place du jeu de Balle, des affiches et des banderoles marquent l’opposition du quartier à tous les coins de rues, la presse en parle abondamment, 300 personnes étaient présentes lors du vote au conseil communal,…

La pétition continue à être signée en ligne et en papier dans le quartier. Faites-la circuler autour de vous !

 

Affiche slogan_FR5

Affiche slogan_NL5

Veut-on vraiment laisser la place du Jeu de Balle à une société de parking ?

Un texte de Gwenaël Breës, 06/12/2014

Les 15 premières minutes de l’émission « Les experts » de Télé Bruxelles ce samedi 6/12 concernent le projet de parking sous la place du Jeu de Balle. J’ai été sidéré à la vision de ce débat…

– Sidéré d’entendre qu’après deux semaines de forte mobilisation contre le parking, plusieurs journalistes en sont encore à se demander si celle-ci émane du quartier ou si elle n’existe que sur les réseaux sociaux (l’un d’eux allant jusqu’à suggérer que l’opposition à ce parking  pourrait être une forme d’opposition personnelle à Yvan Mayeur) ! Y a-t-il vraiment besoin d’un débat avec autant d’invités pour pour poser de telles questions ? Ne vaudrait-il pas mieux passer quelques heures dans les Marolles à discuter avec les habitants, marchands et commerçants, à écouter les conversations, à sentir l’ambiance, à observer le nombre d’affiches collées sur les vitrines, les pétitions qui circulent sur le marché et dans les commerces…?

– Sidéré d’entendre Faouzia Hariche (PS de Bruxelles-Ville) prétendre mettre les points sur les « i » dans un dossier dont elle ignore manifestement les tenants et les aboutissants. Mais personne sur le plateau ne la rectifie quand elle se trompe dans les grandes largeurs. C’est anecdotique lorsqu’elle insiste sur le fait qu’on parle du quartier de « la Marolle » et non « des Marolles », alors qu’il est de notoriété historique que la Marolle se limite à quelques rues situées en amont de la rue Haute derrière l’hôpital Saint-Pierre, le Jeu de Balle n’en faisant donc pas partie. Ce l’est moins lorsqu’elle tente de justifier le projet de parking par le problème de stationnement des camionnettes des marchands « à la rue du Midi », alors que c’est sur le boulevard du Midi et sur la rue des Brigitinnes que se trouvent les emplacements destinés à ces camionnettes, mais surtout que ce système fonctionne bien depuis plusieurs années, même s’il pourrait être amélioré par un système de réservation et de vignettes pour les marchands.

– Sidéré que le bourgmestre Yvan Mayeur puisse déclarer sans contradiction (mardi, toujours sur le plateau de Télé Bruxelles) que le parking du Jeu de Balle n’est pas lié au nouveau plan de circulation ! Les journalistes n’ont manifestement pas lu ce plan dont ils parlent tant ces dernières semaines… Normal, il n’est toujours pas public ! Par contre, la présentation écrite qui en a été donnée au Conseil communal et les cahiers des charges des parkings sont des documents accessibles, ils viennent d’ailleurs d’être votés par Mme Hariche et ses collègues. Ce sont des sources de premier ordre, qui constituent la base légale à laquelle les prétendants concessionnaires auront à répondre. N’importe qui prend la peine de les lire peut constater que ce parking fait bel et bien partie du plan de circulation.

Contrairement à ce qu’affirme Mme Hariche, la seule fois où le mot « marché » est utilisé dans le cahier des charges pour désigner autre chose qu’une attribution de marché public, c’est dans une phrase courte et sibylline (« Il y a lieu de maintenir au maximum le marché durant les travaux. »), ne donnant aucune garantie sur le maintien du Vieux Marché pendant les travaux. D’ailleurs, l’Echevine du Commerce Marion Lemesre elle-même a plusieurs fois contredit sa collègue Els Ampe en déclarant publiquement que le Vieux Marché serait déplacé pendant le chantier. Or, on sait qu’il n’existe pas d’espace assez grand dans les environs pour accueillir tous les marchands et qu’un déménagement « le temps du chantier » signifierait la mort annoncée de nombreux commerces. Mme Lemesre, qui a parfois le mérite de la franchise, a même déclaré voir des avantages à ce déménagement et aux transformations commerciales et sociales qu’il pourrait créer dans le quartier…

Alors, à quoi bon organiser un débat télévisé avec des invités qui n’ont que des opinions personnelles sur les questions posées ? Il y a des faits, des déclarations, des documents. Leur lecture suffit, par exemple, à constater que rien n’est prévu quant au maintien des pavés contrairement à ce que clame M. Mayeur. Ou à découvrir en toutes lettres que l’entreprise qui sera retenue pour construire le parking (Interparking ?) bénéficiera d’une concession de 35 ans… et se verra confier la responsabilité de réaménager les espaces publics autour.

Quant à « l’affaire du bunker », dénoncée par Mme Ampe comme une « instrumentalisation du patrimoine », il n’aura pas échappé à l’observateur attentif qu’elle est née dans les médias, suite à la publication de photos de l’abri anti-aérien sous la place du Jeu de Balle. Ces photos ont été prises par un explorateur urbain qui les avait gardées secrètes « pour éviter que l’endroit soit dérangé par d’autres », jusqu’à l’annonce du projet de parking. Voilà pour ce qui est de « l’instrumentalisation ». Par contre, il existe bien un sentiment partagé par de nombreuses personnes à Bruxelles que cet abri constitue un patrimoine à préserver, bien plus important qu’un parking. Ceux qui en connaissaient l’existence n’avaient pas besoin d’en demander le classement, puisque le lieu n’était en rien menacé. Et ceux qui tiennent à la place du Jeu de Balle comme elle est, n’ont pas besoin de trouver de prétexte pour le dire. C’est d’ailleurs le classement intégral de la place, de ses sous-sols et de son activité qu’ils sont tentés de revendiquer.

Dans ce contexte d’opacité et de passage en force, M. Mayeur ne doit pas s’étonner d’une telle mobilisation. C’est son projet commun avec Mme Ampe et leur méthode qui ont réussit l’exploit de fédérer autant d’opposants en si peu de temps… Accuser ceux-ci de faire de « l’intox », c’est une ficelle un peu grosse lorsqu’on tente soi-même de faire passer des pommes pour des poires un jour, et pour des fraises le lendemain.

Se rend-il compte qu’en accusant les élus Ecolo-Groen d’avoir agité et mobilisé la population, M. Mayeur confère non seulement à ces partis une force de mobilisation qu’ils n’ont pas, mais aussi qu’il offense tous les habitants qui ont un cœur pour ressentir, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cerveau pour réfléchir ?

 

Un peu d’histoire

Lettre d’un marollien insurgé

Un texte de David Marolito, 03/12/2014

Je m’appelle David, sobriquet «marolito» , fils d’exproprié de la rue des Radis (Quartier des Marolles). Développer un discours technique sur l’inutilité de ce parking m’importe peu, d’autres réalisent déjà un merveilleux travail sur l’aberration logistique de ce projet délirant.

Je souhaite à partir de mon histoire construire un récit sur les luttes populaires du quartier des Marolles. Mon discours sera donc incarné. Comme le blues incarne le corps d’un noir, descendant d’esclave. Une nouvelle bataille face à la violence de l’urbanisme bureaucratique se dresse contre nos corps, nos vies, nos mémoires et nos langues.

Ma langue, le «marollien», je ne la parle presque plus. J’en connais les insultes et les drôleries. Je peux encore crier et rire. Ma grand-mère toujours en vie le parle sans accent, elle en connaît tout les gestes et les secrets. Ma mère le parle également mais s’en cache, car elle a passé son enfance sous les brimades et les humiliations de la bourgeoisie à cause de sa classe.

Ma mémoire, c’est une femme forte qui a connu la guerre et ne montre jamais quand elle a mal qui me l’a transmise. Une maison sans douche, un père envoyé en «camp de travail», les p’tits boulots ambulants de colporteuse, les charrettes à bras rempli de caramels et de nougats provenant d’un magasin rue des Radis, «Chez Janneke». Son frère lui, avait un bar, le «Volle Pot», le repère des Manouches brocanteurs ou musiciens du «Vieux Marché».
C’est de là que je viens. Même si je n’y suis pas né, ce sont mes racines, celles que l’Etat à voulu arracher comme de la mauvaise herbe. Il a démoli nos maisons et nos rues en parlant de «dératisation» de nos impasses populaires. Je suis né sur les routes de l’exil forcé dans un logement social de Molenbeek, à quelques kilomètres de là.

Nos gueules dérangent car nous sommes un quartier de bâtards. Depuis plusieurs siècles des vagues d’immigration se sont installées dans le quartier. Les Espagnols durant les conquêtes de Charles Quint, Les Manouches, les Juifs fuyant la misère et les persécutions en Europe de l’Est… Cette histoire là, elle se lit sur nos visages.

L’acharnement de l’urbanisme bureaucratique depuis deux siècles sur ce quartier s’explique peut-être aussi par le racisme de la bonne bourgeoisie blanche pour qui nous sommes une «race de dégénérés», «des chiffonniers impurs» aux manières rustres et peu catholiques, baragouinant un obscur dialecte créole qui ne s’écrit pas dans les livres. C’est pour cela que tout les immigrés qui s’installent aujourd’hui dans le quartier sont mes frères. C’est notre «Jeu de Balle», celui de la vendeuse de «caricoles», du brocanteur marocain et du ferrailleur gitan.

La bourgeoisie branchée, ce sont mes ennemis de classe qui colonisent notre territoire avec leurs restaurants chics, leurs magasins «vintage», leurs bars où tout est cher, où résonnent des musiques insipides qui ne racontent plus rien. Prisonnier de ce «monde de paraître», ils nous regardent comme des êtres exotiques rempli d’authenticité. Ils détestent nos «manières» et nos dialectes autant qu’ils admirent notre franchise et notre «parler populaire». «Je me méfie autant de ceux qui détestent les noirs que de ceux qui les admirent» (Frantz Fanon). C’est à cause d’eux que nos loyers augmentent, dans un quartier sous le joug des marchands de sommeil.

La bourgeoisie qui souhaite se battre à nos côtés contre la gentrification des quartiers populaires, qui se détermine en tant que bourgeois avec une lecture politique qui ne nie pas les rapports de classes et d’exploitation, ce sont mes camarades aujourd’hui dans la lutte, et bien au-delà.

Nos vies dérangent, car elles se sont longtemps organisées en marge du «capital». Notre économie informelle de débrouille, nos ferrailleurs, nos chineurs, nos colporteurs… tout ça était bien trop anarchique. Il fallait cadrer, lisser et séparer. La télévision a aujourd’hui achevé le travail de l’urbanisme. Il reste bien quelques Apaches aux cernes de bidouilleur et au regard d’escroc, mais ils sont tellement peu nombreux qu’on ne devra même plus leur construire une réserve.

Dans la rue des Radis, la contrebande était organisée durant la guerre, de nombreux enfants juifs ont été sauvés là-bas. Les portes de nos maisons n’étaient jamais fermées. Il ne fallait pas nous appeler pour venir manger, nous partagions toujours nos marmites. Nos gosses jouaient au foot dans la rue. Nos vieux jouaient aux cartes dans la rue. Ce quartier porte une histoire de résistance et de luttes populaires qu’il fallait éradiquer, casser le lien social et familial en relogeant ses habitants ailleurs. La «vie en meute» ça n’est pas bon pour la consommation hystérique de marchandises.
Aujourd’hui, chacun reste chez soi. Les quelques survivants de cette époque se plongent dans l’alcool pour noyer leur solitude. Le soir, des ivrognes solitaires déambulent encore de bar en bar sous le regard de quelques touristes qui viennent consommer un folklore perdu. L’échevine de la mobilité a pensé à eux et défend l’idée d’un «petit train électrique» pour nos visiteurs, comme au zoo ou au parc d’attraction.

Le sol de la place est rempli de vie, son sous-sol est rempli de mémoire… mais peut-être aussi d’une vie a réinsuffler. En-dessous de la place du «Jeu de Balle» se trouvent des vestiges de la guerre (tunnel d’évasion/abris anti-aérien) mais également les bains publics, là où ma grand-mère et tout ceux qui n’avaient pas de douche allaient se laver. C’était notre «hammam marollien». C’est peut-être le moment de demander au pouvoir en place un lieu d’hygiène pour ceux qui vivent dans la rue. Mais nos mémoires populaires elles aussi sont a détruire, pour que nous ne puissions pas nous rappeler d’une époque où l’homme «blanc» vivait comme le «noir».

Le projet de notre maître non élu s’inscrit dans une logique de continuité de destruction et de sablonisation de ce quartier. Notre place peut devenir un lieu symbolique d’une résistance qui dépasse le simple refus de ce parking, comme la place Taksim à Istanbul. Passons à l’offensive pour notre quartier. Nous ne voulons pas de parking. Tu ne toucheras pas à un seul de nos pavés. Ils seront nos armes face à tes bulldozers. Nous allons démonter le Palais de Justice et ré-assembler la Maison du Peuple.

Un marollien insurgé contre le promoteur et sa fidèle épouse, la bureaucratie.

Signé : Le Parking de la Porte de Hal

Un texte de Damien Demoustier‎

Dans la presse, ce jour, on donne la parole à un acteur dont on entend beaucoup parler mais qu’on avait pas encore entendu s’exprimer !

Cher Mr Mayeur,

De mon sous-sol, j’observe comme il vous coûte de prendre le temps de vous mettre à l’écoute de vos administrés, comme il semble vous être difficile de tenir compte des arguments, des inquiétudes, des craintes, du bon sens parfois,… des gens qui vivent, fréquentent, travaillent dans ce quartier dont ils battent le pavé ou le caressent de leurs souliers ! J’espère, Mr Mayeur, que vous serez sensible aux propos d’un parking qui craint l’arrivée d’un nouveau concurrent !

Ma famille est dans la mobilité depuis de longues années. Mes plus vieux ancêtres étaient dans le transport « petit fluvial » sur les eaux de la Senne. Ils en voyaient du monde, des brasseurs, des tanneurs,… c’était la belle époque. Ca créait du lien entre les gens… un peu comme un vieux marché! Puis, avec le recouvrement, la famille a tout perdu. Certains se sont reconvertis dans les égouts, d’autres sont devenus de vulgaires « grattes-pieds de Bruxelles », ces espèces de ferrailles souvent posées à la droite des portes des maisons. De ces tâches ingrates, mes ancêtres se sont acquittés pendant de nombreuses années avant d’investir un filon en or : le stationnement. Les plus chanceux sont en surface, profite du temps qui passe. Les autres, comme moi, vivent sous la terre. C’est triste, vous savez Mr Mayeur, d’être sous la terre, d’être enfumé par les voitures qui passent dans un brouhaha insoutenable qui lorsqu’il s’apaise laisse place à une musique dont ne voudrait pas un ascenseur. Et ce qui est encore plus triste et difficile, c’est quand il n’y a pas de voiture… alors je me sens vide et je nourris le sentiment de ne pas assumer mes tâches, même ingrates, comme il se doit ! Voulez-vous donc ma mort en même temps que celle, lente et agonisante, de ce quartier et de son âme, Mr Mayeur ?

Je connais la concurrence et ses effets négatifs, on est nombreux dans la famille comme en atteste cette photo de nous tous.

On est tous là, enfin les souterrains sont là… parce qu’il y a les autres aussi et ceux d’autres familles ! S’il y des cousins éloignés, la plupart d’entre nous seront prêts à servir les intérêts de votre centre piétonnier. Tous ensembles, nous ne manquons sûrement pas d’arguments et de disponibilités ! Nous pourrons servir ces « gens las », ceux que les transports en commun ou qu’un peu de marche rebuteraient ! Je parlais de concurrence… elle est même rude au sein de la famille ! Depuis que mon neveu Poelaert est sous la place, je ne vois plus les robes amusantes et dansantes des avocats ! Ne laissez pas, Mr Mayeur, un arriviste aux dents longues me voler mes habitués ! J’ai travaillé dur pour les séduire tant ma signalisation laisse à désirer… peut-être pourriez-vous juste investir dans l’un ou l’autre panneau et « laisser venir à moi ces petites voitures »… comme dirait « 58 » notre père à tous !

Mr Mayeur, mon existence de parking souterrain m’a mis en contact avec d’autres édifices enfouis que parfois l’on oublie. Un Bunker… Mr Mayeur ! Ca c’est de l’édifice enfoui qui a de la classe ! Et vous voudriez le faire s’enfuir… à jamais ! Par les temps qui courent, socialement et idéologiquement, d’autres affectations jadis évoquées sembleraient plus judicieuses. Un musée pour la mémoire et un exemple de la Ville à l’état fédéral et certains de ses discours dégueulasses ! Un refuge pour sans-abris… moi, en tant que Parking, je pense que ça peut les aider… Vous pourrez convaincre certaines personnes, Mr Mayeur, en disant que ça les cachera ! Pensez au pire aussi, Monsieur Mayeur ! Avec tout ce qui se passe avec les réacteurs à Tihange, l’élite politique et idéologique de notre Ville aura plus besoin d’un bunker que d’un parking si elle entend survivre et reconstruire la ville qu’elle veut !

Vous portez un nom qui, dans un autre temps et dans certaines régions, siérait à votre fonction. En ce jour, vous pouvez poser le choix de vous comporter en « Maître du Bourg ». Celui qui décide en tenant compte des arguments qui nourrissent ses choix, ses projets et ses ambitions. Vouloir à tout prix laisser sa trace dans l’évolution de notre Cité ou avoir son nom gravé sur la plaque en marbre que l’on intégrera à côté de la barrière, dans le mur d’entrée du parking. Bien vite certains ne verront que le panneau indiquant le tarif, Mr Mayeur. Mais d’autre se souviendront que ce flot de voiture, ces bouchons sans noms, ce bruit, cette pollution, cette défiguration de notre village porteront ton nom ! Vous pouvez aussi, Mr Mayeur, posez le choix de vous comporter en M(è)aire de vos administrés et prendre le temps d’entendre et d’écouter ce qu’ils portent sur le cœur et dans la tête. Une première solution s’impose… reporter cette décision et élargir le débat tant les questions se multiplient (parkings, mini-ring, impact sur le trafic et la vie des habitants,…)

J’espère Mr Mayeur que vous aurez pris le temps de vous intéresser à ce que je vis dans mon quotidien de parking souterrain et au fil des idées qui se tisse en moi.

Signé : Le Parking de la Porte de Hal