Marolles : fin de la saga des parkings

Le 17 février 2016, quasi un an jour pour jour après l’abandon du parking sous la place du Jeu de Balle, un article de presse (qui donne la parole à l’échevine de la Mobilité de la Ville de Bruxelles) officialise pour la première fois l’arrêt définitif des projets d’un parking souterrain dans les Marolles. C’est le terme d’une saga de près de 18 mois qui a vu ce projet se déplacer, sans études préalables ni concertation, du Jeu de Balle à la cité des Brigittines, puis sous la gare de la Chapelle.

À quelques pas de là, le parking Rouppe pourrait lui aussi être abandonné, du moins dans sa version souterraine qui suppose de creuser sous la place. Mais les parkings Yser et Nouveau Marché aux Grains, pensés dans le cadre du même plan de mobilité et de sa « route des parkings », seraient encore d’actualité et en train d’être négociés avec des concessionnaires privés. Si les Marolles sont épargnées, d’autres quartiers restent menacés…

Alors, pour faire un joli pied de nez
À qui veut partout des parkings creuser
Et mieux Bruxelles défigurer
À qui a même voulu enlever
Du Jeu de Balle les vieux pavés
Des Marolles le Vieux Marché
Et même si les dés sont pipés
Allons de ce pas voter
Au « Bruxellois de l’année » !

« Bruxellois de l’année » : au bourrage des urnes, citoyens !

Après une semaine de vote, la Plateforme Marolles reste en lice dans le concours du « Bruxellois de l’année 2015 ». Petite réflexion sur cette élection qui paraît aussi scientifique qu’un sondage dans une république bananière…

La semaine dernière, la Plateforme Marolles avait réagi avec une certaine circonspection à sa nomination aux « Bruxellois de l’année 2015 » (dans la catégorie Société). S’il ne lui avait pas échappé que l’obtention de ce prix pourrait représenter un beau pied de nez aux élus bruxellois qui conçoivent la politique comme un exercice d’autocratie et de délégitimation des habitants, il était aussi impossible de ne pas noter que cette nomination se base sur des raisons en tous points antagoniques à celles justifiant la candidature du bourgmestre Yvan Mayeur (dans la catégorie Politique). Coïncidence, choix contradictoire ou malice des organisateurs ? Ceux-ci (Viva Cité et deux journaux du groupe Rossel : « Le Soir » et « Le Vlan ») n’ont pas jugé utile d’expliquer comment ils ont sélectionné les candidats.

Outre les questionnements qu’on peut légitimement avoir sur la pertinence d’un tel prix, et outre notre peu d’enthousiasme à être mis en concurrence avec des acteurs associatifs, nous avons pu constater ceci :

  • Contrairement aux autres villes où est organisé simultanément un concours identique (Liège, Mons, Verviers, Charleroi), le vote bruxellois est doté d’une troublante particularité : il est autorisé quotidiennement et sans validation liée à une adresse email. Il est donc possible de voter chaque jour, et il ne faut pas être informaticien pour trouver le moyen de le faire plusieurs fois par heure.
  • À l’inverse, il est impossible à l’internaute de s’abstenir pour telle ou telle catégorie : son vote n’est validé que s’il a opéré un choix dans toutes les catégories (Politique, Société, Commerce, Culture, Sport). Or à Bruxelles, le premier vote auquel il est invité à se prononcer est celui de la catégorie Politique (autre spécificité locale puisqu’elle n’existe pas dans les autres villes), dont la sélection peut paraître suffisamment orientée pour préférer ne pas aller plus loin et s’abstenir sur l’ensemble.
  • Ce sentiment de malaise est accru par l’illustration de la page internet du « Soir » à partir de laquelle s’effectue le vote. Qu’y voit-on ? La photo d’une fête organisée par la Ville de Bruxelles, sur le piétonnier pour lequel le bourgmestre Yvan Mayeur est en lice ! Un choix de toute neutralité ?

À ce prix-là, un sondage de popularité serait plus « scientifique ». On peut en effet se demander à quoi rimera le résultat de cette « élection », biaisé d’emblée par la prime offerte aux nominés capables de mobiliser le plus grand réseau de supporters (voire d’employés, de collaborateurs ou de camarades de parti, qui peuvent tranquillement bourrer les urnes électroniques) ?

Voilà le choix devant lequel nous met ce prix auquel nous n’avons pas choisi de concourir : vous appeler soit à ne pas y participer… soit à en bourrer les urnes. Foi de Marolliens, voilà un choix cornélien !

Le Jeu de Balle au jeu des « Bruxellois de l’année » !

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La Plateforme Marolles a récemment appris sa nomination aux « Bruxellois de l’année 2015 », un prix organisé par plusieurs médias bruxellois et dont le résultat est déterminé par le vote des internautes entre le 3 et le 24 février.

Quoiqu’on puisse penser de ce genre de mini-cérémonie des Oscars à la sauce locale (à laquelle, faut-il le préciser, la Plateforme n’a pas demandé à participer), l’abandon par la Ville de Bruxelles de son projet de parking sous la place du Jeu de Balle, il y a tout juste un an, est la victoire d’une mobilisation citoyenne spontanée, massive, déterminée et joyeuse. Il n’est pas étonnant que les médias bruxellois s’en souviennent à l’heure de revisiter les événements marquants de 2015.

Mais il est pour le moins cocasse de voir la Plateforme Marolles nominée dans la catégorie Société « pour avoir démontré que les citoyens pouvaient peser sur le débat politique », en même temps que le bourgmestre Yvan Mayeur est nominé dans la catégorie Politique « pour le courage politique dont il a fait preuve en lançant le piétonnier »… c’est-à-dire dans les faits pour avoir imposé des décisions sans aucune concertation ni étude préalable, répondant systématiquement par le mépris aux citoyens qui contestent ce plan et défendent une vision de la ville favorable à ses habitants, les jugeant illégitimes à prendre part à un débat qui les concerne pourtant au premier chef.

Nous vous laissons juges du sens qu’il y a à voter pour la Plateforme Marolles dans ce concours (pour ceux qui souhaitent le faire, c’est par ici). Pour notre part, si nous trouvons quelque intérêt à cette nomination, c’est de :

  • Ne pas laisser l’histoire de notre mobilisation être réécrite comme un conte de fées citoyen. En effet, notre revendication d’une véritable concertation publique sur les questions de mobilité, impliquant échopiers, commerçants et habitants du quartier, n’a jamais été entendue. Et si les autorités communales ont abandonné leur projet à la place du Jeu de Balle, sous la pression populaire, elles n’ont pas pour autant renoncé à construire un parking souterrain ailleurs dans les Marolles. Quant à la procédure citoyenne de demande de classement patrimonial de la place du Jeu de Balle, elle suit lentement son cours…
  • Réaffirmer la solidarité de la Plateforme Marolles avec les habitants et commerçants de l’ensemble du Pentagone, qui furent nombreux à nous soutenir et subissent aujourd’hui les conséquences d’une piétonisation pour le moins paradoxale (dégradation de l’offre de bus, report du trafic automobile et de ses nuisances dans les rues avoisinantes,…) qui s’inscrit dans un plan de transformation du centre-ville (transformation commerciale et sociale, touristification, privatisation de l’espace public, construction de parkings souterrains néfastes et inutiles,…) aussi peu démocratique que l’était le projet de parking sous la place du Jeu de Balle.
  • Rappeler que la victoire contre la construction d’un parking sous le Jeu de Balle est celle de tous ceux et celles qui se sont mobilisés et notamment les 23.336 signataires de la pétition (en 22 jours). Qu’il ne faut jamais baisser les bras, même lorsqu’on est confronté à des décisions déjà entérinées politiquement, à des rapports de forces inégaux, à des pouvoirs publics agissant malheureusement de plus en plus souvent en faveur d’intérêts privés, avec amateurisme et mauvaise foi. La mobilisation des habitants est toujours utile face à des projets destructeurs du tissu urbain et social.